Le chiffre vient du ministère de l'Intérieur, communiqué à Paris Match : 205 commerces ont fait l'objet d'une fermeture administrative en un an au titre de la loi contre le narcotrafic, et 65 dossiers sont encore en cours d'instruction dans les services. Dans le même temps, les préfets ont prononcé 3 260 interdictions de paraître aux abords de ces établissements.
Le texte a élargi les pouvoirs des préfets, qui peuvent désormais ordonner la fermeture temporaire d'un établissement soupçonné d'être lié au trafic ou au blanchiment. L'objectif affiché n'est plus seulement de démanteler les points de deal, mais de couper l'environnement économique qui les fait vivre : lieux de rendez-vous, commerces de façade, circuits d'argent liquide.
La mécanique tourne à plein en région. À Nantes, un bar-tabac installé près de la gare est fermé depuis avril pour cinq mois. À Rennes, quatorze commerces auraient été fermés administrativement depuis janvier, dont cinq contrôlés dans le seul quartier de Maurepas. À Limoges aussi, les arrêtés tombent.
Sauf que la frontière juridique est mince. À Saint-Herblain, près de Nantes, des boulangers ont été fermés quinze jours pour « passivité » : la préfecture ne leur reprochait pas de participer au trafic, mais de ne pas avoir signalé que de jeunes dealers se réfugiaient dans leur boutique lors des descentes de police. Déboutés en référé, puis par le Conseil d'État le 16 juillet, ils poursuivent la procédure. Leur avocat, maître Kamel Maouche, estime que la préfecture demande aux commerçants de rétablir l'ordre sur la voie publique, ce qui n'est pas leur rôle. À Rennes, un autre gérant a saisi la justice administrative en référé-liberté.
Ce qui fait débat
Où s'arrête la responsabilité d'un commerçant installé dans un quartier tenu par le trafic ? Fermer un bar ou une boulangerie, c'est priver un réseau d'un point d'appui, mais c'est aussi couper les revenus d'une famille qui n'a rien demandé, sans procès ni condamnation. Le secteur du CBD connaît bien cette logique : la fermeture administrative frappe vite, et se conteste lentement. Rempart efficace ou sanction à l'aveugle ? Votre avis nous intéresse.
Source : Paris Match
Cet article vous fait réagir ?