La décision est passée presque inaperçue au printemps, ses effets se voient maintenant dans les rayons. Depuis le 15 mai 2026, tout produit destiné à l'ingestion et contenant du cannabidiol est interdit à la vente en France. Huiles, bonbons, tisanes, chocolats, tout ce qui s'avale ou se prend par voie sublinguale est concerné. L'État applique le règlement européen Novel Food, qui encadre les nouveaux aliments tant que leur innocuité n'a pas été démontrée selon la procédure prévue. Le chanvre reste légal sous d'autres formes.
Pour les producteurs, le choc est comptable. Installé à Belligné, en Loire-Atlantique, un agriculteur qui cultive entre 400 et 800 pieds de chanvre bio par an depuis 2021 chiffre sa perte à 40 % de son chiffre d'affaires. Environ un tiers de sa production partait en transformation alimentaire, huiles, pâtes de fruits, tisanes, vendues en direct sur les foires et les grands événements. Il explique à France 3 Pays de la Loire que sans ces produits, il ne vend plus de fleurs, et que tous les projets de développement de son exploitation sont à l'arrêt. Les canicules répétées de l'été ont par ailleurs réduit le rendement de ses plants.
Les commerçants spécialisés vivent la même séquence de l'autre côté du comptoir. Dans une boutique du nord de Nantes, tous les produits comestibles ont dû être retirés des rayons, sans solution pour écouler les stocks restants, désormais invendables. La filière espère une évolution du cadre dans les prochains mois.
Ce qui fait débat
Un règlement européen conçu pour évaluer les nouveaux aliments se traduit sur le terrain par des fermes françaises qui perdent 40 % de leur activité, pendant que les mêmes produits restent en vente dans plusieurs pays voisins. Est-ce le prix normal d'une évaluation sanitaire qui n'a pas encore abouti, ou un cadre qui sanctionne surtout ceux qui avaient joué le jeu de la légalité française ?
Source : ICI Pays de la Loire