Depuis deux ou trois ans, les fiches produit se sont enrichies de nouveaux sigles. CBG, CBN, CBC apparaissent en gros, souvent avec des promesses formulées de façon assez libre. Avant de payer un supplément pour l'un d'eux, il vaut la peine de savoir ce qu'ils sont réellement.
D'où viennent ces molécules
La plante de chanvre ne produit pas directement du CBD. Elle produit une molécule précurseur, le CBGA, à partir de laquelle des enzymes fabriquent le CBDA, le THCA et le CBCA. Un chauffage, à la récolte, au séchage ou à l'usage, transforme ces formes acides en CBD, THC et CBC. Le CBG est donc la forme neutre du précurseur, présente en petite quantité dans une plante à maturité puisque l'essentiel a déjà été converti. Le CBN, lui, n'est pas produit par la plante du tout : c'est un produit de dégradation du THC sous l'effet du temps, de l'oxygène et de la lumière.
Ce que cela implique, concrètement
Trois conséquences que le marketing mentionne rarement. Premièrement, une fleur riche en CBG a généralement été récoltée tôt ou provient d'une génétique sélectionnée pour bloquer la conversion, ce qui est un vrai travail agronomique et se paie. Deuxièmement, un taux de CBN élevé dans un produit peut aussi bien signaler une intention du producteur qu'un lot simplement vieux et mal conservé. Le CBN est un marqueur du temps qui passe. Troisièmement, le CBC reste très minoritaire dans la plupart des lots et sa présence sur une étiquette ne veut pas dire grand-chose sans le chiffre associé.
La question des quantités
C'est le point décisif et celui qu'on escamote le plus. Un produit peut annoncer fièrement contient du CBG avec une teneur de 0,2 %, quand la fleur contient 16 % de CBD. Sans chiffre, la mention n'informe sur rien. Exigez le pourcentage de chaque cannabinoïde sur le certificat d'analyse du lot, et comparez-le au CBD. Si le mineur représente moins d'un centième du total, il n'est pas l'argument principal de ce que vous achetez.
Les limites de ce qu'on peut affirmer
La recherche sur ces molécules existe mais reste très largement préclinique, c'est-à-dire menée in vitro ou sur l'animal, avec peu d'études cliniques humaines de bonne taille. Aucune allégation de santé n'est autorisée sur ces produits en France, et un vendeur qui vous en fait une sort du cadre. Nous ne formulerons donc ici aucune promesse d'effet, et vous devriez vous méfier de ceux qui le font : le contraste entre l'assurance du discours commercial et la prudence de la littérature scientifique est, en soi, une information sur le vendeur.
Comment lire une fiche honnête
Une bonne fiche donne le profil cannabinoïde complet en pourcentages, la date de récolte, la méthode d'analyse, et décrit le produit sans lui prêter d'effet. Une mauvaise fiche met un sigle en avant, ne donne pas de chiffre, et compense par des adjectifs.
Ce qui fait débat
Les cannabinoïdes mineurs sont une vraie piste de recherche et, en même temps, l'outil marketing le plus commode que le secteur ait trouvé depuis la course aux pourcentages : ils permettent de différencier un produit sans rien prouver. Faut-il imposer l'affichage des teneurs dès qu'une molécule est citée, ou laisser le marché faire le tri ?
0 commentaire